Lettres Mensuelles mars 2018



Un mouvement perpétuel universel?

Même si nous n’y sommes plus habitués, car trop gâtés au cours des 18 derniers mois, le vent peut très vite tourner sur les marchés comme le montre le retour de la volatilité déclenché par des anticipations d’inflation plus élevées qui se sont cristallisées aux Etats-Unis. Ainsi, les rendements des emprunts d’état américain se sont rapprochés du seuil psychologique et économique de 3%.

Taux d’intérêts et endettement des états

Jusqu’ici, la politique des taux d’intérêts ultra bas fût un excellent accélérateur pour la bourse. Mais si ces derniers devaient monter d’une façon durable au-dessus des 3%, les obligations finiraient par redevenir plus intéressantes que les actions.

Le deuxième aspect beaucoup plus important est, bien entendu, l’endettement des états. Ce n’est que par le niveau des taux d’intérêts très bas et surtout avec en rendement réel négatif (avec un taux d’inflation supérieur aux taux d’intérêts), que les états industrialisés sont encore en mesure « d’honorer » leurs dettes.

En d’autres termes, des taux d’intérêt à deux chiffres entraineraient la faillite des régions mais aussi des états industrialisés. Vous pensez que j’exagère ? Je vous invite donc à une rétrospective de l’histoire des faillites et des échecs de la caste des politiciens. Les défauts de paiement des deux derniers siècles ne se limitent pas seulement à des pays exotiques comme l’Argentine, le Venezuela et le Brésil comme on pourrait le croire à tort.

Par exemple, un pays comme l’Allemagne (ok, on connait les causes) a connu 5 monnaies différentes au cours du dernier siècle et beaucoup d’épargnants ont perdu la totalité de leur épargne. En effet, en moyenne, les épargnants ont été ruinés tous les 30 ans. Pourtant, la confiance dans la notion d’état reste ininterrompue. Ainsi, les investisseurs ont acheté des emprunts d’états (parfois à cause de réglementations imposées par l’état) avec des rendements proches de zéro renonçant ainsi à une consommation immédiate mais permettant à l’état de prélever des taxes qui ne financeront que partiellement ses déficits mais qui lui permettront de continuer à emprunter… et ainsi la boucle est bouclée et cela au détriment de l’investisseur. Un véritable « mouvement perpétuel » pour l’état… Ne s’agit-il pas d’un véritable racket ?

Les actions européennes

Heureusement, une solution existe avec l’actif productif des sociétés européennes, c’est à dire les actions dont certaines se trouvent en large proportion dans les mains des investisseurs étrangers. Faut-il y voir une preuve supplémentaire de la qualité de ces dernières ? Pourquoi les investisseurs étrangers investiraient-ils dans les actions européennes s’ils n’en espéraient pas un rendement sûr et intéressant ?

Cependant, il est vrai que ce rendement n’est pas acquis mais reste bien entendu, soumis aux fluctuations des cours …. Et n’oublions pas que les corrections boursières sont saines et nécessaires. Sinon comment voulez-vous acheter une « bonne » action à un « bon » prix, si ce n’est à l’occasion d’une phase de correction ? … Et le meilleur moment d’une correction, n’est-il pas la reprise qui se matérialise ensuite !  N’avez-vous pas observé l’engouement d’une foule sitôt l’apparition d’une offre spéciale dans un supermarché ?

Après cette correction, 2 questions demeurent : quelle est la prochaine étape pour les marchés ? Et, la baisse récente expérimentée en février est-elle terminée ? Pour obtenir une réponse nous devrons patienter…Sur le chemin de la hausse, je m’attends à des mouvements chaotiques dans les prochains mois, notamment à cause de contenus émanant de certains « tweets » totalement imprévisibles. Mais, l’essentiel est, que vous restiez solidement et durablement investis dans des actifs réels.

Armin ZINSER
Mars 2018

La Chine dans le paysage automobile

Le mois dernier un évènement a secoué le monde de l’automobile et a pourtant été très peu médiatisé. Pour une fois, il ne s’agit pas d’un nouveau véhicule hybride, électrique ou d’une voiture autonome. C’est bien plus simple, le mois dernier la société chinoise Geely a pris 9.7% du capital de Daimler.

Petite précision d’abord, c’est Zhejiang Geely Holding, société non cotée, qui a pris la participation. Cette société possède déjà Volvo Car, achetée pour 1,8 milliards de dollars en 2010 et elle est actionnaire de Geely Automobile le principal constructeur automobile chinois à capitaux privés.

La réussite d’un self-made man..

L’homme derrière la galaxie Geely, c’est Li Shu Fu son fondateur qui possède le capital de la société holding non cotée et environ 40% (directement et indirectement) de Geely Automobile. La réussite de ce self-made man est impressionnante. Fils d’agriculteurs, il quitte ses parents à 18 ans et commence par être photographe de touristes pour vivre. En 1984, son père lui donne 2000 yuans (environ 250euros) pour qu’il puisse créer son business et il se lance alors dans les pièces détachées pour réfrigérateur. Dans les années 90, Pékin estimant qu’il y a trop d’acteurs dans l’électroménager prend des mesures pour réduire drastiquement le nombre d’acteurs privés. Li Shu Fu repart de zéro et se tourne vers l’automobile. En 2001, Geely obtient sa licence de constructeur automobile. En 2009, il devient le premier constructeur privé du pays. Non rassasié du succès de Geely automobile, Li Shu Fu multiplie les achats via sa holding. Ainsi il achète en 2010 Volvo Cars, en 2013 la société des taxis londoniens, en 2017 51% du capital de Lotus avant de prendre en 2018 une participation dans Daimler.

D’une certaine manière, l’histoire semble se répéter car la prise de participation dans Daimler rappelle celle de Midea dans Kuka. Il est toutefois improbable que Geely puisse prendre un jour le contrôle de Daimler car le gouvernement allemand a désormais un droit de véto pour les participations de plus de 25% dans les secteurs jugés stratégiques.

Les ambitions de la Chine…

Geely n’a pas forcément besoin de prendre le contrôle. La stratégie mise en place depuis le rachat de Volvo consiste essentiellement à monter en gamme et à faire en sorte que les voitures produites en Chine se rapprochent voire dépassent les standards occidentaux. Cela permet à Geely de bénéficier d’une meilleure image de marque en Chine et augure d’ambitions hors de l’empire du milieu sur le long terme.

L’autre élément clé est que Geely a fait un énorme virage vers l’hybride et l’électrique. Ils ont d’ailleurs annoncé qu’ils ne lanceraient plus de moteurs 100% thermiques à compter de 2019. Derrière l’investissement dans Daimler il serait étonnant qu’il n’y ait pas de partenariats technologiques en ligne de mire.

Au global, cette prise de participation montre que la Chine a de fortes ambitions dans le segment automobile et qu’après l’émergence des japonais et coréens dans ce secteur, il faudra certainement s’attendre à une vague chinoise sur le secteur. Elle rappelle aussi que derrière les sociétés de qualité que je cherche dans Pangea, il y a souvent un management hors du commun.

David DEHACHE
Mars 2018