Lettre Mensuelle Mai 2016



Chers investisseurs et amis,

Une folie tout à fait normale !

Depuis le début de l’année les bourses ne cessent de faire des cabrioles, essentiellement au profit des valeurs de basse qualité. On a vu donc un rallye de « low quality». Pendant cette période, la bourse a « ignoré » certaines valeurs de croissance malgré le fait que ces dernières possèdent un bilan sain et sont quasiment auto financées. De plus, leur valorisation est non seulement juste, mais n’est pas exorbitante. De tels phénomènes arrivent de temps à autre en bourse, lorsque certaines valeurs « style value » sont tombées trop bas.

La question à se poser est la suivante : Faut-t-il suivre cette tendance, par nature assez temporaire, ou convient-il de continuer à investir sur des valeurs de qualité ? Un « low qualité rallye » n’étant pas censé durer longtemps, la réalité économique rattrape ce type de sociétés relativement rapidement.

Force est de constater que la situation politique et l’affaiblissement de la conjoncture mondiale actuelle, malgré une situation légèrement meilleure en Europe, ne sont pas forcement un environnement favorable pour les actions à courte terme. Les marchés n’apprécient pas la situation de la Grande-Bretagne où un référendum, appelé Brexit, est prévu pour le 23 juin prochain et à cela s’ajoute, trois jours plus tard, de nouvelles élections en Espagne. Parallèlement à cela, les discussions sur une éventuelle hausse des taux aux US fatiguent également les investisseurs. Finalement, le succès de l’enfant terrible, Donald Trump chez les Républicains, est perçu avec beaucoup de scepticisme. Il semble être inexpérimenté pour mener une politique économiquement correcte, malgré sa fortune personnelle.

Voici les quelques champs de mines auxquels les investisseurs se trouvent confrontés aujourd’hui. Aux risques politiques, s’ajoutent donc les risques économiques : la forte volatilité concernant le prix du pétrole est toujours présente, la conjoncture économique semble ralentir aux US et la complexe mutation de l’économie chinoise n’est pas achevée. Dans le même temps, les banques centrales arrivent plus ou moins à la fin de leur politique monétaire peu orthodoxe, et de fait, ont de moins en moins de marges de manœuvre. Les « manipulations » des cours par les banques centrales ont leurs limites.

Malgré cette situation actuelle un tant soit peu compliquée, on trouve toujours des sociétés qui performent et dont les chiffres d’affaires progressent. Malheureusement, pour avoir du succès avec la politique d’investissements, il ne suffit pas de parier sur les « méga trends » car on trouve dans ce secteur trop de sociétés souvent surévaluées. De plus, les sociétés de gestion surfant sur la « mode » des fonds thématiques exacerbent cette surévaluation. Il convient donc d’éviter ces valeurs « à la mode » dont la performance haussière n’est que temporaire. Il convient donc d’investir dans des sociétés ayant un certain pouvoir d’achat, et qui s’autofinances. Bref, de vraies valeurs de qualité qui le resteront, en toute probabilité, pour les 10 ans à venir. En bourse, il ne s’agit pas d’avoir raison à court terme (3 à 6 mois) mais de garder son sang froid en conservant dans la durée ses positions sur des valeurs de qualité, et de toujours agir avec pragmatisme.

PS La semaine dernière, la BCE a décidé d’arrêter la fabrication du billet de 500 euros, sous le prétexte que celui-ci serait utilisé « pour commettre des crimes ». Bien sûr, je suis conscient du fait que M. Dupont, n’a normalement pas besoin d’un billet de cette valeur, et qu’il est vraisemblable, que la plupart des consommateurs n’en n’ont même jamais vu. Mais l’argumentation de la BCE est très limitée. D’un côté, il ne me semble pas que les criminels arrêteront leurs activités parce que il n’y plus de billets de 500 Euros et seraient donc contraints de se servir de coupures de 100 ou de 200 Mai 2016 © Société de Gestion Prévoir euros. D’autre part, la BCE a déclaré que le billet de 500 Euros resterait valable sans limite de durée. Elle ne suit donc pas sa propre argumentation. L’absurde de cette situation est que, si l’on est logique, il faudrait interdire l’utilisation des téléphones portables ou les voitures plus rapides que celles de la police car c’est avec cela que les criminels s’organisent. Non, l’argumentation de la BCE est absurde par contre, elle le devient nettement moins si on comprend de quoi il s’agit . Si le citoyen a aujourd’hui encore la possibilité de placer son argent sous son matelas, et donc d’éviter des taux d’intérêt négatif sur son compte bancaire, ceci deviendra impossible une fois que l’argent liquide sera abandonné. La liberté individuelle, reflétée, entre autre, par des billets bancaires anonymes, apparait fortement en danger…

Paris, le 11 Mai 2016.



Author: Armin Zinser
Diplômé de Sciences économiques et de Droit ainsi que de l’INSEAD, Armin ZINSER compte plus de 35 ans d’expérience dans les activités bancaires et la gestion d’actifs, notamment au sein du groupe Landesbank (Stuttgart, Londres, Luxembourg), de la Banque Colbert, du Groupe CPR, de l’OCDE dont il gérait les fonds de pension, Axa IM et la Banque Leonardo à Paris où il occupait dernièrement les fonctions de gérant et stratégiste des portefeuilles OPCVM actions et diversifiés. Armin ZINSER gère désormais deux fonds à la Société de Gestion Prévoir, Prévoir Gestion Actions et Prévoir Perspectives.